B - Biographe versus intelligence artificielle
- catiap9
- 1 août
- 3 min de lecture
Pourquoi cet article sous la lettre B ?
« B » comme « biographe » aurait été une évidence. De nature plutôt patiente, j’aurais pu attendre la lettre « i » pour aborder la notion d’intelligence artificielle. Cependant, un soupçon d’impétuosité qui sommeillait en moi s’est réveillé et a donné lieu à cette réflexion. L’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres. Grâce à ses capacités de traitement de l’information et de génération de contenus variés, elle est souvent anthropomorphisée. Certains s’adressent à elle comme à un « pote », comme à un professionnel, comme à un confident ou à un thérapeute. Or, l’intelligence artificielle n’est autre qu’un univers technologique imitant des capacités humaines. Toutefois, attention : pas toutes ! Bien que des géants de la technologie, des instituts de neurosciences et de sciences cognitives, des universitaires et des comités d’éthique, s’associent pour concevoir une intelligence artificielle consciente d’elle-même, nous sommes encore loin d’y parvenir. Nous faisons plutôt face à un outil extrêmement sophistiqué et qui divise.
Certains l’idéalisent, il y a ceux qui la vénèrent prêts à lui attribuer une forme de conscience, de l’autre côté, il y a ceux qui la fuient inquiets de la colonisation perverse de la machine sur la vie humaine. Les admirateurs s’opposent aux dénigreurs. Les apologistes font face aux censeurs.
La tristesse de l’intelligence artificielle est qu’elle est sans artifice, donc sans intelligence a écrit Jean Baudrillard dans son journal de bord Cool Memories publié en 1987. Plus tard, en 2014, Stephen Hawking a sûrement voulu nous mettre en garde lorsque devant les caméras de la BBC il a déclaré : Je pense que le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité (…) Les humains, limités à une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés.
Progrès illimité, efficacité accrue, vision transhumaniste : l’intelligence artificielle suscite l’enthousiasme de ses défenseurs. Pour ses détracteurs, elle représente un danger pour le développement cognitif, une tendance à l’autocomplaisance, un risque pour la société et l’environnement.
Cet article vise à alerter sur les dérives de l’IA dans le cadre de l’activité autobiographique, qui est une spécialité du biographe. Écrire sur soi est un processus qui demande du temps et de la réflexion. En présence de l’intelligence artificielle, le processus s’accélère, augmentant ainsi le risque que la personne perde de vue la raison pour laquelle elle a entrepris l’écriture de son parcours. Qu’est-ce qui motive une personne à vouloir écrire son autobiographie ? Chacun a des motivations uniques, mais n’y a-t-il pas un brin de travail sur soi ? Un besoin de travail thérapeutique inconscient ? Le récit de soi ne s’improvise pas. Il nécessite une oreille attentive et prévenante. Je me forme régulièrement à l’approche narrative en psychologie pour ne pas tomber dans le piège du récit obsessif et favoriser le récit éclairant, le récit résilient, le récit de transmission.
Aujourd’hui, nous faisons tous face à des textes « rédigés » par une intelligence artificielle. Un article par-ci, une publication par-là… Un texte algorithmique se reconnait très aisément. L’IA se nourrit des textes que les humains lui soumettent, donnant l’illusion de posséder des compétences en rédaction et même de pouvoir écrire à votre place. Cependant, elle est incapable d’entendre ou de voir. Elle est insensible aux pauses, aux hésitations et aux émotions exprimées par les yeux qui brillent, les corps qui se tendent ou les éclats de rire. L’intelligence artificielle lisse votre parole dans un récit standardisé. Elle lui donnera de la structure, mais pas de contenu personnel, que seul le biographe peut saisir.
Le biographe, à condition d’être qualifié, capture l’émotion, celle qui reste insaisissable, mais se ressent. Les machines sont capables d’imiter, mais les biographes possèdent la faculté de comprendre. Les algorithmes peuvent rassembler des informations, tandis que les êtres humains tricotent du sens. Je crois fermement qu’une histoire réclame une présence, une voix et une écoute active. Une autobiographie trouve sa vérité dans une écriture du cœur, pas dans un langage de machine. Je pense que toute histoire est digne d’être écoutée, et non pas analysée par un algorithme.
Pour approfondir, s’enrichir et méditer…

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